samedi 17 mars 2018

Yvon Taillandier (1926-2018)

Portrait d'Yvon Taillandier à l'âge de 13 ans par Renaud Icard (mars 1939)
(collection privée) 
"A 13 ans, sous l'occupation, j'ai fait la connaissance à Lyon du galeriste Renaud Icard, un intellectuel généreux doté d'un grand charisme, qui recevait chez lui tous les gens célèbres de Paris qui s'étaient repliés à Lyon. Il m'a permis d'assister aux réunions de ces grandes personnalités : c'est ainsi que j'ai effectué mes études littéraires, artistiques et philosophiques ! Il me faisait beaucoup travailler mes dessins; j'avais 15 ans lorsqu'il les a exposés dans sa galerie. La même année, j'écrivais mes premières critiques, et quatre ans plus tard je m'installais à Paris. "




© Hervé/hemis.fr/AFP
Texte de Maurice Ulrich, L'Humanité, 7 mars 2018
Le peintre de la figuration libératrice, rêveur actif et infatigable autant qu’homme engagé, est mort samedi à 92 ans. Le directeur de l’Humanité lui a rendu hommage.
En 2004, ses petits personnages à têtes et membres multiples avaient envahi, dessinés sur des pages du journal, le hall de l’Humanité. C’était son cadeau d’anniversaire pour ses cent ans. Une manière bien à lui d’exprimer un compagnonnage de plusieurs décennies. Yvon Taillandier est mort samedi dernier à Avignon, entouré de ses proches, à qui Patrick Le Hyaric, le directeur du journal, a exprimé son émotion au nom de tous : « Figure incontournable et tutélaire de l’art figuratif de la seconde moitié du siècle dernier, Yvon aura été un fidèle ami et soutien de l’Humanité, partageant ses luttes et ses combats émancipateurs. “L’humanité n’est pas faite. Elle est encore à faire”, avait-il déclaré dans notre journal, en écho aux mots de Jaurès. »
Né en 1926, Yvon Taillandier avait inventé la « figuration libératrice ». Les peintres d’une autre génération, Hervé Di Rosa, Combas, s’y retrouveront pour partie avec la figuration libre. Dans un entretien réalisé par Dominique Widemann, il décrivait avec verve sa manière « littéraire » de peindre dans ce monde imaginaire qu’il avait appelé le Taillandier-Land, avec ses habitants, les Taillandier-Landais : « Par exemple, sur une toile, vous voyez ce personnage dichotomique avec des sortes de racines en prolongement de ses pieds. Il est donc “racineux”, comme je l’écris. Sinon, il serait “branchu”. Ce mot-là existe mais je ne me gêne pas pour en inventer. Je travaille à un dictionnaire du Taillandier-Land. J’ai le Z de “zoprofin”. Zone à profondeur indéterminée. Comme la zone de cette tache rouge sur le dossier de l’une de mes chaises peintes. Voici l’un des fondements de l’abstraction tels que me les a expliqués Poliakoff. Cette zone rouge, est-ce le ciel ? Alors elle s’en va très loin. Est-ce un mur ? Elle se rapproche. C’est une tache sur mon tableau ? Voilà qui change encore la situation. C’est ma manière d’absorber l’abstraction. »
Yvon Taillandier n’avait pas toujours été peintre. S’il avait une première fois exposé à Lyon en 1942, il avait opté à partir des années 1950 et pendant une quinzaine d’années pour la critique, en particulier à Connaissance des arts et la revue XXe siècle. Il avait signé durant cette même période plusieurs monographies consacrées à de grandes figures de la peinture et de l’art, Giotto, Cézanne, Miro, Monet, Rodin… Secrétaire du Salon de mai pendant quarante-quatre ans, sans doute un record, il était proche de nombreux artistes de premier plan, Giacometti, Picasso, Jean-Pierre Raynaud, Saura, Tapies, Kijno, mais aussi de poètes, comme André Pieyre de Mandiargues, qui disait de lui, « en paraissant s’amuser à peindre, Taillandier donne des leçons de peinture à bien des gens ».
Engagé dès 1943, avec le Salon de mai, contre le fascisme, il avait participé à de nombreuses expositions individuelles ou collectives pour le Mouvement de la paix, le PCF, l’Humanité, l’Union des femmes françaises, la commémoration de la Commune de Paris en 2001, contre la guerre en Irak en 2003, pour Femmes solidaires en 2005 avec une expo au titre ayant valeur de programme ou de profession de foi, « Résister c’est créer ». À plusieurs reprises, à Cuba comme à New Delhi, il avait eu des activités d’enseignement de l’histoire de la peinture. Il avait aussi, en les collectionnant avec son épouse, donné ses lettres de noblesse aux objets d’art populaire. Sculpteur, il avait réalisé un totem de onze mètres pour l’hôpital Robert-Debré, à Paris. Yvon Taillandier était un rêveur actif et infatigable : « Je voudrais que mes tableaux disent aux spectateurs “nous vous aimons et la vie que nous vous montrons mérite d’être vécue avec ingéniosité et allégresse”. »

Vintage Memories


Call me...


Today / Tomorrow



The Art of Michel Gourlier. Engoulevent (2)





The Art of Michel Gourlier. Engoulevent (1)









[Livre] L'amour des garçons chez les Doriens


2018 – 118 pages – 14,5x21cm – 20 € – ISBN : 978-2-9551399-5-0
Brillant et absolument convaincant. Tel fut le jugement que le philologue et historien de l’art Hans Licht porta sur l’article d’Erich Bethe dont la traduction française est publiée ici pour la première fois.
Ce texte de Bethe a paru dans un périodique allemand en 1907. Par son audace, sa nouveauté et la rigueur de sa démonstration, il a constitué un tournant dans les études helléniques et sexologiques. Au lieu d’un étalage d’érudition respectueux de la morale conventionnelle et n’ayant pour objet que la connaissance en soi, le texte de Bethe défendait une hypothèse hardie et frayait une nouvelle voie dans la perception de l’amour des garçons.
Cet article de franc-tireur est un peu oublié aujourd’hui. Cela tient paradoxalement au fait que les idées qu’il présentait ont été dépassées par le travail de plusieurs générations d’érudits, notamment d’anthropologues. Car Bethe, pour défendre sa thèse, s’est appuyé non seulement sur des arguments relevant de la discipline qu’il enseignait, à savoir la philologie classique, mais aussi sur des données ethnographiques.
Il ressort de cet article que la paidérastie dorienne fut, selon l’auteur, une institution sacrée, respectée et respectable. Une notion aux antipodes des conceptions de notre époque, qui voit, sur certains sujets, les à-peu-près et les mensonges triompher par leur inlassable répétition, combinée à la couardise d’une majorité d’intellectuels.
Erich Bethe (1863-1940) enseigna la philologie classique en Suisse et en Allemagne. Ses publications touchent à différents domaines de la littérature grecque (poésies, chansons héroïques thébaines, légendes homériques, etc…). Il fut un temps doyen de l’université de Leipzig.

Lien 



Saluons cette traduction française d'un texte qui a fait date, par ses hypothèses historiographiques et son ouverture à la comparaison anthropologique.

Ce texte érudit est accompagné d'un appareil de notes qui en facilitent la lecture par le non spécialiste.

Si un certain nombre d'affirmations et d'interprétations peuvent être aujourd'hui contestées, à la faveur du développement de la recherche historique, il convient de voir dans cet essai une réflexion neuve et audacieuse qui tente de comprendre dans toutes ses dimensions un aspect essentiel de la culture grecque, de son éthique, de son système éducatif.